Le cinéma mis à nu
Quand les cinéastes se débattent avec leur propre légende. Une sélection de docs à voir de toute urgence.
Le vrai spectacle, cette semaine, c’est le cinéma qui se regarde vivre. Des documentaires décortiquent les légendes, sondent les doutes et révèlent les failles des maîtres. Les cinéastes deviennent leurs propres personnages, les plateaux de tournage leurs paysages intérieurs.
Regarder ces documentaires, ce n’est pas seulement revisiter des œuvres, c’est mesurer ce qu’il reste du rêve, une fois les projecteurs éteints. Derrière les images, on découvre la fatigue, la foi, la tendresse, le doute. Peut-être que le vrai sujet de ces films sur le cinéma, c’est ça : la persistance du désir de croire à l’image, même quand on en connaît tous les secrets.
Scorsese comme on ne l’a jamais vu
Dans Mr. Scorsese, Martin Scorsese se met à nu. Pas de fiction, pas de caméra cachée : juste lui, face à la caméra de Rebecca Miller, qui déroule ses souvenirs comme on feuillette un album photo. On y croise De Niro, DiCaprio, Day-Lewis, les vieux mafieux de Little Italy et les doutes d’un artiste qui n’a jamais cessé de chercher ce que le cinéma pouvait encore dire.
C’est une masterclass déguisée en confession -élégante, mélancolique, drôle - et un vrai cadeau pour ceux qui aiment comprendre comment naît un regard. À regarder comme on écoute un vieux maître raconter une dernière histoire, un peu pour lui, beaucoup pour nous. et une claque émotionnelle sur le sens de la création. Disponible sur Apple TV.
Coppola face à son rêve démesuré


Le réalisateur Mike Figgis plonge au cœur du tournage de Megalopolis, l’œuvre-monstre que Francis Ford Coppola a portée pendant plus de quarante ans. Plus qu’un simple making-of, Megadoc est une fresque sur la création elle-même : un cinéaste légendaire, son argent personnel investi, une équipe parfois déboussolée, et cette question qui plane à chaque plan : jusqu’où peut-on aller pour un film ?
Figgis capte les tensions, les silences avec une proximité rare. Megadoc n’explique pas Megalopolis : il l’accompagne, il en respire la folie. Et pour prolonger la plongée dans les enfers créatifs de Coppola, Canal+ diffuse aussi Au cœur des ténèbres, le documentaire culte sur le tournage apocalyptique d’Apocalypse Now. Disponible sur Canal+
Dans l’ombre de Shoah
Avec Je n’avais que le néant- Shoah par Lanzmann, le documentariste Guillaume Ribot remonte le fil d’un tournage hors norme : celui de Shoah de Claude Lanzmann. À travers l’exploration des rushs inédits restaurés qui couvrent douze ans de travail, et des centaines d’heures d’entretiens, il dévoile les coulisses d’un film devenu monument. On assiste à la quête intransigeante d’une vérité que seule la parole pouvait encore porter.
Ribot signe un film sur la mémoire du film, un geste de transmission à la fois pudique et vertigineux, qui redonne à Shoah son humanité laborieuse, ses doutes, ses silences. À voir pour comprendre non seulement Shoah, mais aussi l’endurance morale qu’exige toute œuvre de vérité.
Dispositif exceptionnel : le film de Guillaume Ribot sera simultanément diffusé sur ARTE le 26 novembre, sortira au cinéma et sera édité en vidéo dans le coffret collector limité de Shoah édité par Carlotta Films.
Dans les veines de Guillermo Del Toro
Alors que son très attendu Frankenstein arrive sur Netflix le 7 novembre, la plateforme diffusera fin novembre Sangre del Toro, un documentaire d’Yves Montmayeur qui nous plonge dans l’univers foisonnant du cinéaste mexicain.
À travers des entretiens intimes et des images magnifiques de l’exposition En casa con mis monstruos qui s’est tenue à Guadalajara en 2019, Montmayeur explore les obsessions de Del Toro - les monstres, la foi, la mort, l’enfance -comme autant de miroirs de son imaginaire baroque. On y retrouve l’homme derrière les créatures : un conteur passionné, hanté par la beauté de l’étrange et la douleur du réel. Diffusé sur Netflix à partir du 21 novembre.
La bande-son de nos vies
Music by John Williams rend hommage à celui qui a donné une âme à nos souvenirs de cinéma. Des Dents de la mer à Star Wars, d’ E.T. à La liste de Schindler, Williams raconte son art avec une modestie désarmante, entre rires complices avec Spielberg et moments d’orchestre où la magie opère encore. On y découvre un artisan plus qu’un mythe, un homme qui compose la nostalgie comme d’autres écrivent des poèmes. Disponible sur Disney+.
Et si vous aimez voir les génies à l’œuvre, ne manquez pas aussi Il était une fois Michel Legrand de David Herzog Dessites — un documentaire vibrant sur un autre magicien des notes, tout en swing, en lyrisme et en liberté. Disponible à la location ou à l’achat sur plusieurs plateformes.
Destins brûlés
Deux confessions face caméra — et une même envie de reprendre le contrôle de leur propre légende. Dans Qui est Charlie ? Tout sur Mr Sheen, Charlie Sheen revient sur sa chute et sa rédemption avec une franchise désarmante. On y retrouve l’acteur de Platoon et Mon oncle Charlie, figure d’un Hollywood excessif, racontant sans détour la gloire, les addictions, la presse à scandale et la lente reconstruction. C’est cru, parfois drôle malgré lui, parfois touchant — surtout quand il parle de son père, Martin Sheen, qui plane sur tout le récit comme un repère moral. On regarde ça comme on feuillette la presse people, partagés entre voyeurisme et curiosité, fascinés par la trajectoire d’un homme qui a tout eu… et tout perdu. Disponible sur Netflix.
En miroir, on pense au bien plus émouvantVal où Val Kilmer documentait sa propre fragilité à travers des années de films personnels. Des centaines d’heures de vidéos tournées tout au long de sa carrière -des plateaux de Top Gun et The Doors à sa vie de famille ou son expérience avec Marlon Brando - composent un autoportrait bouleversant, où la gloire et la fragilité s’entremêlent. Aujourd’hui diminué par la maladie, Kilmer commente ces images avec une douceur désarmante. Un documentaire d’une sincérité rare, sur la mémoire, le corps, et le prix d’une vie passée à se rêver héros de cinéma. Disponible sur Prime Video.
Orson Welles le génie derrière le masque
Avec This is Orson Welles, Clara et Julia Kuperberg poursuivent leur travail d’archéologues du cinéma. Fidèles à leur style — rigueur historique, archives rares, voix off limpide — elles redonnent chair à un mythe souvent enfermé dans sa propre légende. Derrière l’enfant prodige de Citizen Kane et l’artiste maudit d’Hollywood, honoré par une grande exposition à la Cinémathèque, le film révèle un homme insatiable, drôle, visionnaire, parfois cabotin, toujours libre. Disponible sur Arte.
Les sœurs Kuperberg ne filment pas la nostalgie, elles mettent de l’ordre dans la mémoire du cinéma, pièce après pièce, film après film, pour mieux comprendre ce que Hollywood fait de ses génies. Leur dernier documentaire Hollywood Babylon, explore les roaring twenties sous un angle peu connu, entre mafia, alcool et cocaïne. Dans les années 20, Hollywood produit jusqu’à 700 films par an, explorant sans retenue adultère, homosexualité, corruption ou avortement. Diffusé par Histoire TV
Le Dune rêvé, le Dune perdu
Le Dune de Villeneuve vous a fascinés ? Celui de Jodorowsky aurait brûlé vos rétines. Jodorowsky’s Dune retrace le projet fou du réalisateur chilien Alejandro Jodorowsky, qui tenta dans les années 1970 d’adapter le roman culte de Frank Herbert avec une équipe de “ guerriers spirituels” rassemblant, entre autres, Moebius, Giger, Pink Floyd et Salvador Dalí. Le documentaire dévoile les coulisses de cette œuvre jamais tournée, dont les décors, le storyboard et l’ambition démesurée annonçaient la science-fiction moderne. Disponible sur Prime Video. M.G
Nouvelle Vague
Avec Dans la tête de Godard et de Beauregard, Hind R. Boukli revisite la rencontre (et la friction) entre Jean-Luc Godard et Georges de Beauregard, le producteur flamboyant qui a rendu possible la Nouvelle Vague. Entre archives photo et notes de Bruna de Beauregard (lues par Fanny Ardant), le film éclaire une alliance explosive où se mêlent génie, argent et utopie. Un voyage dans les coulisses d’une époque où le cinéma français rêvait encore de tout réinventer. Disponible sur Ciné+.
En écho, François Truffaut, le scénario de ma vie de David Teboul s’appuie sur un texte inédit du réalisateur. Tiré d’une ébauche d’autobiographie écrite avec Claude de Givray dans les mois précédant sa mort, le film esquisse la carte des fêlures qui traversent la vie et l’œuvre de Truffaut. Porté par la voix d’Isabelle Huppert, il révèle un cinéaste plus fragile, plus intime, mais toujours passionné par le pouvoir du récit. Disponible sur France TV.
Deux Claude, une même foi dans le cinéma.
Dans Claude Lelouch, la vie comme au cinéma signé François Chaumont, Claude Lelouch se raconte comme il a toujours filmé : avec spontanéité, panache et un goût assumé pour le romanesque. Entre archives personnelles, extraits de tournages et confidences tendres, le documentaire retrace un parcours hors norme. De Un homme et une femme à Finalement!, c’est toute une vie d’images (y compris celle de son enfance) qui défile. Un hommage vif et généreux à un auteur qui a toujours confondu le cinéma et la vie, pour notre plus grand bonheur. Disponible sur Canal+.
En contrechamp, Claude Pinoteau, par amour du cinéma de David Maltese et Pascal Galopin dressent le portrait plus discret mais tout aussi passionné d’un artisan du grand public, celui de La Boum ou La Gifle. Des archives inédites et de longues confidences du réalisateur éclairent le destin de cet homme qui a contribué à un demi-siècle du cinéma français. Disponible sur Youtube.
L’œil d’Hollywood
La galerie Durev à Paris consacre une exposition à Douglas Kirkland, le photographe qui a capté l’âge d’or d’Hollywood et ses icônes, de Marilyn Monroe, qu’il saisit dans une intimité mythique, à Audrey Hepburn, Elizabeth Taylor ou Leonardo DiCaprio. Pendant plus d’un demi-siècle, il a parcouru les plateaux de films légendaires — 2001 : L’Odyssée de l’espace, Out of Africa, Titanic, Moulin Rouge — composant une mémoire visuelle du cinéma moderne. Visite de l’exposition à voir sur notre chaîne TikTok.
Cinéastes sous influence
Les chefs d’oeuvre qui ont inspiré les cinéastes. Depuis 10 ans, LaCinetek offre en ligne des films choisis et présentés par des réalisateurs et réalisatrices du monde entier. Pour fêter son dixième anniversaire, La Cinetek propose une super offre anniversaire (33€/an avec le code LACINETEK10ANS) et un festival de projections, de tables rondes et d’échanges. Au programme, notamment : E.T., présenté par Sophie Letourneur ; Fenêtre sur cour, par Cédric Klapisch ; Simone Barbès ou la vertu par Alice Diop ou encore New York Miami de Frank Capra présenté par Jacques Audiard. Du 14 au 16 novembre au cinéma Méliès, à Montreuil.









